samedi 9 juin 2018

La cerise sur le gâteau

Tu aurais eu 70 ans dans quelques jours. 70 ans, c'est encore jeune.
Tu serais grand-père six fois. Je te raconterais en riant les dernières péripéties de tes petits-enfants. Tu me parlerais de ton jardin et de ton chien.
Au lieu de ça, rien.
J'ai reçu il y a quelques mois un courrier de l'hôpital. Ta veuve, ta charmante veuve, avait légèrement "oublié" de payer un supplément chambre individuelle. Plus quelques autres broutilles. J'ai appelé l'hôpital, un peu déconfite. C'est quoi ce bordel? C'est quoi cette facture qui se pointe la bouche en coeur presque six ans après ta mort? Explications laconiques. La veuve ne répond pas aux courriers, on s'adresse aux enfants. La facture doit être acquittée, point. Ironie de l'histoire, la veuve est morte chez eux. Dans leur hôpital. Mais ils ont continué à lui envoyer des relances. L'administration dans toute sa splendeur. Forcément, elle n'a pas répondu. En toute logique. Forcément, ils ont cherché les enfants. Et hop, facture! Six ans après, ça fait un peu mal. Surtout pour ça. "Supplément chambre individuelle". C'est vrai que pour un homme en fin de vie, la chambre individuelle, c'était un grand luxe. Surtout quand on se souvient de ton voisin de chambre. Un vieux monsieur dément qui passait ses nuits à se lever pour attraper les télécommandes. Celle de la télé, celle du lit. Ça l'occupait. Il appuyait sur un bouton au hasard, la télé s'allumait. Un autre bouton, le lit se redressait. Ça le faisait marrer. Bizarrement, toi, tu te marrais pas trop. Les mourants n'ont pas d'humour, c'est bien connu. Alors bon, la chambre individuelle, quand on est en fin de vie, non, c'est pas du luxe.
La veuve? Disparue. Morte. Et incinérée. Comme le reste. On a sauvé les photos de famille, les vieux disques et quelques livres. Ce que tu nous avais donné de ton vivant. Elle a gardé le reste. Tout le reste. Tes meubles. Ceux de notre mère. Ceux de nos grands-parents, paternels et maternels. Ton chien, qu'elle n'aimait pourtant pas. La vaisselle. Les livres. Les bibelots que nous avions toujours connus à la maison. Toutes ces affaires d'avant. Tous ces objets de notre enfance. Elle a tout gardé. Et nous, on n'a rien dit. Parce que trop anéantis. Parce que trop fatigués. Parce que trop, tout simplement.
Avant ta mort, on n'y pensait pas. Après ta mort, on pensait à autre chose.
Elle a refait sa vie. Et elle est morte. A peine deux ans après toi. 
Tes affaires? Parties à la déchetterie. Elle a légué tout ce qu'elle avait à une voisine, la voisine a fait le vide et a déménagé dans la foulée. J'ai rencontré cette femme. À ses yeux, nous étions des monstres d'égoïsme qui avions abandonné la veuve de leur père. Je n'ai pas eu le courage de démentir. À quoi bon raconter l'alcool et les mensonges?
Et voilà. Il ne reste plus rien.
Alors, cette facture, comment dire? C'est un peu la cerise sur le gâteau. Une cerise amère sur un gâteau indigeste.
Seule solution, la renonciation à succession. Ça me fait doucement rigoler. Mais bon, au point où on en est. J'ai donc officiellement renoncé à une succession qui n'a jamais eu lieu. J'ai renoncé à ce qui a disparu depuis longtemps. De toi, il ne reste que les photos, tes disques, et quelques livres. Je n'ai pas besoin de plus. C'est la voisine qui va devoir régler la facture. Et peut-être d'autres, qui sait? Elle va encore dire que nous sommes des monstres.
Mais sincèrement, je m'en fous.

mercredi 4 avril 2018

Dans ma peau

Tu as mis différentes lunettes pour simuler la cataracte, la DMLA et autres joyeusetés.
Tu as mis des bouchons d'oreille pour simuler la baisse d'acuité auditive.
Tu as mis un tas d'orthèses pour simuler l'arthrose et la limitation de mouvements.
Munie de ces appareillages, tu t'es glissée dans la peau d'une personne âgée. Tu as essayé divers mouvements : t'asseoir, te lever, te coucher, marcher, lever un bras. Des mouvements que tu fais naturellement, simplement, tous les jours. Et tu t'es rendu compte que là, subitement, tout était plus compliqué.
Tu as essayé de repérer les objets posés devant toi : une assiette, un verre, des couverts, une serviette. Mais tout était flou et terne, et tu ne reconnaissais plus rien.
Tu as écouté ce que les gens qui t'entouraient disaient. Mais tu n'entendais pas bien, leurs mots te semblaient lointains et tu ne parvenais pas à suivre le fil de leur conversation.
Tu as poussé l'expérience un peu plus loin en acceptant d'être aidée. Aide aux transferts et aux déplacements, aide à la prise du repas, aide à l'habillage. Tu as trouvé ça difficile, ça allait trop vite, tu étais gênée dans tes mouvements, et tu ne comprenais pas toujours ce qu'on te demandait de faire.
Au bout d'une vingtaine de minutes à la sauce "personne âgée", tu as enlevé les lunettes, les bouchons d'oreilles et les orthèses. Et tu as dit "je comprends mieux".
Je suis contente que tu aies essayé. Mais si tu le veux bien, et si tu es joueuse, continuons un peu tu veux bien?
Remets tes trucs et tes machins, là, et poussons un peu plus loin l'expérience.
Installe-toi dans ce fauteuil. N'aie pas peur, il est confortable. Tu vois la télé en face de toi? Bien sûr que tu la vois, c'est un grand écran, tu ne peux pas le rater. Bien. Allume-la et sélectionne une chaîne. Quoi? Tu ne trouves pas la télécommande? Rhooooo, c'est bête hein!
Allez, je t'aide, je te la donne... Ah oui, les boutons sont tout petits, tu as remarqué? Pas simple hein? Bon, je suis sympa, je t'aide encore. Quelle chaîne tu veux? La première? Tu es sûre? Non parce que là, c'est le journal, et franchement, les nouvelles ne sont pas bonnes en ce moment, il y a encore eu un attentat... Je vais plutôt te mettre la chaîne musicale, tu vas voir c'est sympa. Quoi? Tu n'aimes pas? Oui mais c'est pour ton bien, ça va te détendre un peu tu verras...
Bon, de toute façon c'est l'heure du repas. Installe-toi dans le fauteuil roulant, je vais t'amener à table. Regarde, je t'aide à te lever, n'aie pas peur. Donne-moi tes mains. Allez, debout! Je te fais mal? Oups, pardon, mais je veux juste t'aider moi! Bon, essaie encore. Voilà, tu y presque. Reste debout surtout, ne retombe pas. Je t'avance le fauteuil. Oui oui, je sais bien que tu ne le vois pas, mais il est juste derrière toi, je t'assure. Je t'aide. Assieds-toi. Mais assieds-toi je te dis! Voilà. Tu vois, c'est pas si compliqué! Ah, tu avais peur? Eh oui...
Allez, c'est parti, on n'est pas en avance. Non, ne remets pas tes pieds devant, tu vas tomber! Quoi? Je vais trop vite avec le fauteuil? Ben oui mais bon, on n'est pas en avance hein!
C'est bon, regarde, on y est. Hop, à côté de Germaine et en face de Léon, c'est ta place. Tu n'aimes pas Germaine? Ah bon, pourquoi? Elle mange avec ses mains et en met partout? Oui, c'est vrai. Mais fais un effort, il faut être tolérant, c'est ça la collectivité. On n'a pas toujours le choix dans la vie. Non, tu ne peux pas changer de table. Parce qu'ici, c'est la table des mixés, et à côté, c'est celle des normaux. Non, ce n'est pas toi le mixé. C'est ton repas.
D'ailleurs, regarde, tu es servie. Qu'est-ce que c'est? Oh ben j'en sais rien moi, j'ai pas eu le temps de regarder le menu, on était en retard! C'est des légumes et de la viande. En mixé. Mange, ça a l'air bon. Quoi? Tu veux arrêter l'expérience? Mais... ça fait même pas une heure! Et tu n'as même pas goûté ton plat! Tu en as marre? Déjà? Vraiment? Quel dommage, on n'a même pas essayé le reste... La toilette express, les vêtements que tu ne choisis pas toi-même, la proximité imposée, le bruit, les conversations dont tu es exclue... et tout le reste...
Tu vois, c'est ça mon quotidien. Tous les jours, toutes les heures. Pas seulement vingt minutes. Toi, tu as fini l'expérience, tu enlèves tes bidules et hop, tu redeviens toi-même. Mais pour moi, ce n'est pas une expérience, c'est ma vie. Et je ne peux pas enlever mes bidules et redevenir moi-même. Parce que mon moi-même, c'est ça. Tu comprends mieux maintenant?

dimanche 11 mars 2018

Mens sana in corpore sano

Je ne veux pas me lever. Il est encore trop tôt, le soleil n'est pas levé, lui, alors pourquoi devrais-je le faire?

Je ne veux pas me laver. Je ne suis pas sale, je ne l'a jamais été, et puis pour le peu que je bouge!

Je ne veux pas manger. Je n'ai pas faim, et puis on mange toujours pareil. De la purée, de la soupe, de la bouillie.

Je ne veux pas m'asseoir. Je veux marcher.

Je ne veux pas sortir prendre l'air. Je suis bien, là, dans ce fauteuil, qu'irais-je faire dehors?

Je ne veux pas prendre ce médicament. Il a mauvais goût et ça me rend malade.

Je ne veux pas parler. Je n'ai rien à dire, et puis ça ne sert à rien.

Je ne veux pas me déshabiller. Je vais avoir mal, et froid, je le sais.

Je ne veux pas me coucher. Je n'ai pas sommeil, il est bien trop tôt. 

Je ne veux pas...

Et toi, le soignant, qu'est-ce que tu fais de tout ça? Tu me le demandes, mi-amusé mi-désabusé. Tu veux que je te dise?
Toi, le soignant, j'aimerais que tu t'adaptes. Que tu négocies. Que tu diffères. Que tu temporises. Que tu me proposes autre chose, autrement. Et même, parfois, que tu renonces. Parce que ça n'est pas si urgent. Ni si important. Parce que ça peut être fait à un autre moment. Avec une autre personne. Dans un autre endroit. D'une autre façon.
Parce que c'est mon rythme que tu dois respecter, et non le tien. Parce que c'est mon corps, mon sommeil, mon appétit, mon envie. Ma peur aussi. Parce que c'est ma maison. Parce que si ce n'est pas maintenant, ce sera plus tard. Parce que si ce n'est pas avec toi, ce sera avec quelqu'un d'autre.

Toi, le soignant, tu veux que ton travail soit bien fait. Tu veux que je sois bien propre et bien nourrie. Tu veux que je sois bien dans ma tête et dans mon corps (et dans mes vêtements et dans ma chambre aussi). Mens sana in corpore sano. Toi, le soignant, tu veux t'occuper de moi. Et tu y mets du tien. Tu te donnes du mal pour faire les choses de la bonne façon. À ta façon.
Mais moi, je ne veux pas. Ce n'est pas contre toi, ni contre moi. C'est juste que ta façon n'est pas la mienne.

Viens. Assieds-toi à côté de moi. Laisse-moi te raconter. Je vais te parler de moi, de ce que j'aime et de ce qui me fait peur. Je vais te parler de ma vie d'avant, avant ici, avant toi. Je vais te parler d'une femme que tu ne connais pas. De moi, il y a dix ans, vingt ans, cinquante ans. Je vais te raconter ma maison, ma famille, et même mes recettes. Je vais te raconter mon travail, mes enfants, et mes chansons préférées.
Et demain, quand tu reviendras me voir, tu me chantonneras du Moustaki et je me lèverai avec le sourire. Tu me sortiras la jolie robe bleue boutonnée devant et je la mettrai avec plaisir. Tu me proposeras une cuillerée de miel dans mon fromage blanc et je le mangerai avec délice.

Demain, tout sera différent, parce que tu me regarderas autrement. Tu me regarderas avec mes yeux.

dimanche 4 février 2018

Journée mondiale contre le cancer... #Fuck

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne...

Demain ça fera onze mois et quinze jours, Manuela.
Demain ça fera un an, Hélène.

Demain, ça fera cinq ans, six mois et six jours, Papa.
Demain, ça fera dix-huit ans, quatre mois et vingt-trois jours, Maman.

Des années, des mois, des jours... et des morts.

Demain, dès l'aube, il y aura d'autres morts. D'autres larmes.
Demain, dès l'aube, il y aura d'autres orphelins. D'autres veufs, d'autres veuves. D'autres parents qui perdront leur enfant.

Demain, dès l'aube, il y aura aussi d'autres vies, d'autres sourires.

Parfois, je relis vos blogs, Hélène et Manuela. J'y retrouve votre sourire et votre regard. Et même, en fermant les yeux, je peux y entendre votre voix. La voix douce et chantante d'Hélène, la voix grave et sincère de Manuela.

Parfois, je regarde les photos de mes parents. J'y retrouve mes souvenirs et les leurs. Le Maroc de ma mère, les vendanges de mon père. Et même, en fermant les yeux, je peux presque imaginer leur présence rassurante toute proche de moi. Presque.

La vie continue. Avec d'autres rencontres, et d'autres morts. D'autres sourires et d'autres larmes.
La vie continue. Sans vous. Mais avec vous quand même. Avec vos souvenirs. Avec votre sourire. Avec notre amour.

dimanche 13 août 2017

Fugue en papi majeur

Il regarde par la fenêtre. Il fait beau, seuls quelques petits nuages décorent délicatement le ciel bleu breton. C'est une belle journée, il est de bonne humeur, tout va bien.
Dans le miroir de la salle de bain, il vérifie son rasage, impeccable, sa coiffure, soignée, et sa tenue, parfaite pour l'occasion. Ne manque que la touche finale, un peu de parfum, celui que son fils lui a offert à Noël dernier. Il le porte rarement, mais aujourd'hui est un jour spécial. Aujourd'hui, il va voir Louise.
Il sort de chez lui sans fermer à clé. Inutile, tout est toujours tellement calme ici. Personne dans le couloir, comme toujours. Cette résidence est décidément d'un ennui mortel.
Il habite au premier étage mais il prend quand même l'ascenseur pour descendre. Il a toujours trouvé les escaliers trop sombres pour sa vue défaillante, et il ne faudrait pas risquer de se casser une jambe. Pas aujourd'hui en tout cas.
Personne dans le hall d'entrée. Personne sauf Marie, la fille de Michel. Michel est mort il y a deux jours, et la famille vient déjà vider les lieux. Il est peiné, il aimait bien Michel. C'était un vieux taiseux pas commode, pas très aimé par ici, mais ils étaient voisins depuis quelques années déjà et, au gré des parties de belote et de quelques repas pris en commun, ils avaient appris à s'apprécier.
Mais l'heure n'est pas à la mélancolie. Louise va l'attendre, et les heures leur sont comptées. Idéalement, il aimerait être rentré pour 18h, et Louise a un emploi du temps assez chargé elle aussi.
Les affaires de son défunt voisin sont embarquées dans une petite voiture garée devant l'entrée. Les portes sont ouvertes et il se faufile entre deux cartons. En passant, il se demande comment sera le prochain locataire. Encore un vieux, sans doute.
La résidence est loin de tout, il faut marcher un bon moment avant d'atteindre le centre-ville. Il marche à petits pas, sans trop se presser, et profite même de la promenade pour cueillir discrètement une rose dans le parc. Louise sera contente, elle qui aime tant les fleurs. 
Louise, justement, est là, devant lui. Radieuse, comme toujours. Ils se fréquentent depuis peu, quelques semaines à peine, c'est une histoire débutante, un peu hésitante, mais quoi qu'il en soit palpitante. Quel bonheur que ces retrouvailles hors de la monotonie de leurs vies respectives, lui dans sa résidence trop calme, elle dans sa famille envahissante. Comme à chaque fois, ils ont mille chose à se raconter, l'après-midi n'y suffira jamais! Alors ils parlent, un peu vite et un peu fort, pour ne pas perdre une miette de ce qu'ils ont à se dire. Ils parlent de leurs enfants, trop présents ou trop absents, de leurs voisins, trop bruyants ou trop calmes, de leurs vies, trop vides, là-dessus ils sont d'accord. Ils parlent aussi des nouvelles du monde, de ces menaces de guerre qui les inquiètent, leur rappelant les heures sombres de l'Histoire, et de ce président nouvellement élu, il est si jeune, que connaît-il de la vie?
Et pendant qu'ils se parlent sans se quitter des yeux, pendant qu'ils se perdent dans la contemplation de cette belle après-midi d'été, dans ce parc, sur ce banc, ils ne voient rien venir. Ils ne voient pas ces gendarmes qui s'approchent à grands pas, ils ne savent pas que cette sortie, leur sortie, sera relatée dans la presse en des termes infantilisants et moqueurs, et surtout, ils sont loin d'imaginer qu'un homme qui voit la femme qu'il aime, quand il a 93 ans, n'est plus qu'un "grand-père qui fugue pour retrouver sa petite-amie".

Quelques articles relatant "l'événement" (qui n'en est pas un), ici : 

http://www.bfmtv.com/police-justice/un-homme-de-93-ans-fugue-pour-retrouver-sa-petite-amie-1235183.html

http://www.leparisien.fr/insolite/cotes-d-armor-a-93-ans-il-fugue-pour-retrouver-sa-petite-amie-13-08-2017-7190739.php

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/08/13/97001-20170813FILWWW00067-il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-retrouver-sa-petite-amie.php?cmtpage=0

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/cotes-d-armor-un-grand-pere-de-93-ans-fugue-de-sa-maison-de-retraite-par-amour_2326037.html

http://www.laprovence.com/actu/en-direct/4576779/cotes-darmor-a-93-ans-il-fugue-pour-retrouver-sa-petite-amie.html

http://www.corsematin.com/article/article/cotes-darmor-a-93-ans-il-fugue-pour-retrouver-sa-petite-amie

http://actu.orange.fr/societe/insolite/bretagne-a-93-ans-il-fugue-pour-un-rendez-vous-amoureux-magic-CNT000000M5yBQ.html

http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/pleneuf-val-andre-93-ans-il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-aller-un-rendez-vous-galant-amoureux-balade-romantique-insolite-mignon-cotes-armor-saint-brieuc


http://www.estrepublicain.fr/insolite/2017/08/13/il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-un-rendez-vous-galant

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/cotes-d-armor-un-resident-de-maison-de-retraite-fugue-pour-un-rendez-vous-romantique-1502559959

http://www.dna.fr/actualite/2017/08/13/il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-un-rendez-vous-galant

http://www.lexpress.fr/insolite/bretagne-a-93-ans-il-fugue-pour-retrouver-son-amoureuse_1935055.html

http://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/un-homme-de-93-ans-s-enfuit-de-sa-maison-de-retraite-pour-un-rendez-vous-romantique-5186714

http://www.parismatch.com/Actu/Faits-divers/A-93-ans-il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-retrouver-son-amoureuse-1327217

https://www.valeursactuelles.com/faits-divers/93-ans-il-senfuit-de-sa-maison-de-retraite-pour-rejoindre-sa-petite-amie-87551

https://www.lematin.ch/faits-divers/a-93-ans-il-fugue-de-l-EMS-pour-rejoindre-sa-petite-amie/story/20589575 

http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/08/13/il-fugue-de-sa-maison-de-retraite-pour-un-rendez-vous-galant

http://www.vsd.fr/actualite/insolite-a-93-ans-il-s-enfuit-de-sa-maison-de-retraite-pour-un-rendez-vous-amoureux-22357




Et pour info, ce que dit la loi :

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000244248
 
https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Liberte_aller_venir_court.pdf

http://www.maisons-de-retraite.fr/La-vie-en-etablissement/La-vie-en-maison-de-retraite/Les-visites-et-sorties

http://www.actusoins.com/17079/fugue-dun-patient-quelle-responsabilite-les-infirmieres.html

PS : ce fait divers (qui n'en est pas un) a réellement eu lieu. L'histoire que je raconte ici, par contre, est totalement fictive.

lundi 13 mars 2017

Alors elle se tait

Coralie a 20 ans. Elle est élève aide-soignante. Dans le service d'orthopédie dans lequel elle effectue son stage, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des gestes parfois brusques, des paroles blessantes. Mais Coralie ne dit rien. Parce qu'elle est stagiaire. Parce qu'elle doit valider son stage. Parce que ça n'est pas à elle, la petite jeune, de dire quelque chose aux soignants diplômés. Alors elle se tait.

Coralie a 22 ans. Diplômée depuis peu, elle effectue des missions d'intérim. Dans certains établissements, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des moqueries, des toilettes vite expédiées. Mais ça n'est pas à elle, l'intérimaire de passage, de dire quelque chose. Alors elle se tait.

Coralie a 25 ans. Après quelques années d'intérim, elle aimerait se poser un peu. Elle enchaîne les CDD au sein d'un EHPAD, en espérant décrocher un CDI. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des petites humiliations quotidiennes, des repas trop vite expédiés. Mais Coralie espère un CDI, alors ça n'est pas le moment de se mettre l'équipe à dos. Et puis, ça n'est pas à elle, la remplaçante, de dire quelque chose. Alors elle se tait.

Coralie a 26 ans. Elle est enfin en CDI. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des sonnettes débranchées, des résidents qui restent dans leurs protections souillées trop longtemps. Mais bon, elle est en période d'essai, alors serait-ce prudent d'aller critiquer ses collègues en ce moment? Et puis, est-ce vraiment à elle de le faire? L'infirmière serait mieux placée qu'elle non? Alors elle se tait.

Coralie a 30 ans. Elle est toujours en CDI dans le même EHPAD. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Mais cette année, elle passe le concours infirmier et, si tout se passe bien, sa formation sera financée par son employeur. Ce serait dommage de passer à côté d'une si belle occasion pour quelques paroles malheureuses! Alors elle se tait.

Coralie a 32 ans. Elle est élève infirmière. Dans le service de gastro-entérologie dans lequel elle effectue son stage, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des jugements, des sarcasmes, des "il l'a bien mérité". Mais Coralie doit valider son stage. Alors elle se tait.

Coralie a 35 ans. Elle est infirmière. De retour à l'EHPAD, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Mais c'est compliqué, parce que bon, quand même, ça fait 10 ans qu'elle travaille ici, alors elle ne se voit pas jouer à la cheffe avec ses collègues. Alors elle se tait.

Coralie a 45 ans. Elle s'est habituée aux choses qui la mettaient mal à l'aise. Les jugements, les moqueries, les gestes un peu brusques... Elle s'est habituée à tout ça, parce qu'au fond, cette équipe est sympa, tout le monde se connaît depuis longtemps ici, c'est un peu comme une grande famille. Et puis, il faut avouer que certains résidents sont difficiles quand même, alors rire un peu entre collègues, ça détend, ça permet de supporter les conditions de travail et les horaires à rallonge. Alors elle se tait.

Coralie a 90 ans. Infirmière à la retraite, elle est en EHPAD. Mais maintenant, quasi grabataire, elle ne passe plus ses journées en salle de soins mais dans sa petite chambre. Et, du fond de son lit, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des gestes brusques, des paroles déplacées, des moqueries. Mais ni les stagiaires, ni les aides-soignants, ni les infirmiers ne disent jamais rien à personne. Et elle, Coralie, n'ose jamais se plaindre, parce qu'elle sait bien que les soignants sont débordés, parce que certains sont quand même gentils avec elle, et parce que ça pourrait être pire après tout. Alors elle se tait.

PS : En vrai, Coralie n'existe pas. Inutile de la chercher parmi vos collègues, c'est juste un personnage de fiction.

jeudi 6 octobre 2016

Adèle








Suite de l'Inktober, j'ai pris un peu d'avance. Adèle est représentée d'après les thèmes suivants : affamé, bruyant, caché, cueillette, roche, triste, perdu, roche, cassé, saut, transport.

 PS : Ce petit personnage s'appelle Adèle. En vrai, il n'existe pas. En vrai, il ne caresse pas de licornes, il n'est pas poursuivi par des araignées géantes, il ne tient pas un cerveau entre ses mains... Adèle, c'était la deuxième fille de Victor Hugo. Je vous laisse découvrir son histoire ici.