lundi 8 mai 2017

L'attente des résultats

Le week-end à l'EHPAD, c'est effectif réduit (ben ouais, faut pas creuser la dette comme dirait François Fillon). Donc, pour 26 résidents, c'est une aide-soignante de matin (6h45 - 14h15), une aide-soignante de journée (7h30 - 17h30) et une aide-soignante d'après-midi (13h45 - 21h15). Infirmière et ASH se partagent entre les deux étages (EHPAD et USLD), courant de l'un à l'autre avec leurs chariots de médicaments, de repas et de ménage.  Autant vous dire qu'on ne chôme pas. À partir de 19h, une fois le repas du soir fini, l'aide-soignante de l'EHPAD est seule. Seule avec 26 résidents. Certains se couchent seuls, d'autres non. Certains ont besoin d'un change, d'autres non. Certains marchent, d'autres non.
Accompagner les résidents au lit, baisser les volets, vérifier que les vêtements propres sont prêts pour le lendemain, vider les chariots de linge, écrire quelques transmissions et, entre deux courses dans le couloir, raccompagner Monsieur C qui ne trouve plus sa chambre, changer les draps de Mme R, retrouver les chaussons de Monsieur D...
Ce week-end, c'était la première fois que je faisais l'horaire du soir, et j'étais stressée. Stressée à l'idée de ne pas y arriver, d'oublier quelque chose, d'être en retard... Stressée pour tout en fait. Samedi soir, ça a été. Certes, je n'ai pas eu le temps de manger, mais je m'attendais vraiment à pire comme timing, alors la pause casse-croûte, franchement, c'était juste un détail.
Mais hier, c'était autre chose. Parce qu'hier, c'était la soirée électorale, et au stress de faire bien s'ajoutait le stress du résultat de l'élection présidentielle. Alors, entre deux couchers, je jetais de temps en temps un oeil à la télé du salon. Mme A, installée sur l'un des fauteuils, hésitait à rejoindre sa chambre, malgré sa fatigue.
"Je suis trop fatiguée pour rester devant la télé. Mais si je vais me coucher sans savoir qui est élu, je n'arriverai pas à dormir... Qu'est-ce que je dois faire?"
Je lui ai donc proposé donc d'aller se coucher maintenant, en lui promettant de passer la voir à 20h pour lui annoncer le nom du nouveau président. Rassurée, elle a rejoint sa chambre et j'ai continué mon tour. À 20h, je me suis assise au salon, parmi les quelques résidents qui regardaient la soirée électorale, et nous avons appris ensemble le nom du futur Président de la République.  À peine assise, aussitôt levée, pour aller voir Mme A. Elle était couchée mais ne dormait pas. Je me suis assise au bord du lit et lui ai annoncé qu'Emmanuel Macron était élu. Elle a pris mes mains dans les siennes et m'a dit :
"Je suis contente que tu sois venue me le dire, parce que je n'aurais pas pu m'endormir sans savoir. "
Puis elle a ajouté :
"Tu sais, ma petite, j'avais peur. Parce qu'on l'oublie trop souvent, mais Hitler est arrivé au pouvoir de façon démocratique lui-aussi."

Bref, hier soir j'étais seule pour 26 résidents, j'étais fatiguée, je n'ai pas pris le temps de manger, mais j'étais contente d'avoir pu rassurer Mme A. Et mes mains dans les siennes, à ce moment-là, ça valait toutes les soirées électorales du monde.

2 commentaires:

  1. MERCI, merci à vous, à vos collègues, d'être des personnes, patientes, courageuses et remplies d'humanité, avec très peu, mais très peu de moyen. De prendre soin de nos personnes âgées, nos parents, nos grand-parents, nos oncles ou nos tantes, nos proches. Merci de faire ce métier avec vocation et beaucoup d'amour. Je vous souhaite que ce nouveau venu vous donnera plus de moyen et de reconnaissance. Merci encore

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  2. C'est une geste incroyable que vous avez fait. Les professionnels de la santé qui travaillent en EPHAP ont une surcharge de travail exceptionnelle surtout les weekends et les jours fériés. Pourtant vous avez pris le temps de satisfaire une patiente grâce à une petite attention.

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