dimanche 26 février 2017

Sortir pour se retrouver


J'avoue, j'ai de la chance, j'ai une collègue formidable. Elle s'appelle Valérie, elle est aide médico-psychologique, et sa bonne humeur est contagieuse. Sa bonne humeur ET autre chose. Parce que Valérie, c'est le genre de nana qui a des idées et qui les défend, et avec le sourire s'il vous plaît! L'autre jour, elle me parlait justement de son ancien boulot, et elle m'a raconté une chose que j'ai trouvée géniale, alors je lui ai demandé si elle m'autorisait à la partager. Et devinez quoi? Elle a dit oui ;-)


Peut-on changer le cadre de vie des unités de vie protégées ?


Je suis Aide Médico Psychologique depuis quelques années et j’ai débuté dans cette nouvelle voie professionnelle au sein d’un hôpital médico-gériatrique en unité de vie protégée. Je travaillais alors auprès de personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés sur un poste d’aide soignante.


J’ai commencé d’abord à m’intégrer dans une équipe soignante et au fur et à mesure des jours qui passaient, j’ai commencé à personnaliser mon accompagnement. En m’appuyant sur l’observation, en prenant le temps de découvrir chaque résident avec leur histoire de vie, leur personnalité, les prises en charges ont évolué vers un accompagnement unique et propre à chacun et cela dans les mêmes délais qu’auparavant et que les autres collègues. Par contre, plutôt que de prendre des pauses, je préférais passer du temps avec les résidents. Ces moments d’échanges se sont avérés précieux pour les connaître. Ma vision du soin a commencé à changer. Un lien s’était crée et permettait d’aspirer à de nouvelles choses grâe à une confiance qui s’installait entre eux et moi. J’ai pu mettre en avant mes compétences d’A.M.P. et grâce à un encadrement ouvert et réceptif à mes propositions, des activités ont vu le jour, notamment une, impossible pour beaucoup dans une unité de vie protégée : SORTIR !
En effet, les personnes atteintes de cette maladie sont placées dans des structures qui se veulent sécurisantes. Seulement, les résidents se retrouvent désormais dans un lieu de vie collectif avec le poids de l’institution. L’unité est fermée par des digicodes, les repas sont servis à heures fixes et le reste de la journée est rythmé méticuleusement. Avant leur placement, ces personnes vivaient comme ils le souhaitaient et se sont retrouvées privées d’une partie de leur liberté. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il était possible de pouvoir permettre aux résidents de sortir de ce nouveau quotidien et d’encadrer des activités à l’extérieur de l’unité et même de la structure. Les discussions ont été nombreuses car les réflexions tournaient autour du risque de fugue, de l’angoisse de l’extérieur, de la frustration des résidents de revenir dans l’unité après leur sortie… Nous pensions à leur bien-être dans une attitude de bienveillance, c’est pourquoi ils étaient placés ici, dans un lieu qui les sécurise et qui rassure les professionnels. Mais qu’en était-il de la volonté des résidents ? Beaucoup nous disaient ou nous faisaient comprendre qu’ils souhaitaient pouvoir sortir alors pourquoi ne pas essayer de temps en temps et de manière encadrée ? 
J’ai donc pu expérimenter des sorties. Au départ, je n’emmenais qu’un seul résident dans un endroit qu’il choisissait et qui lui rappelait des souvenirs sensoriels d’autrefois (odeurs, textures, couleurs...). Les premières fois, j’avais un grand stress par peur que quelque chose n’arrive, qui me dépasse, et par peur aussi du regard des collègues devant tant de nouveauté, puis finalement, je me suis rendu compte que les résidents m’avaient assimilée comme point de repère et ne s’aventuraient pas très loin de moi pour la plupart. Le gros point négatif au départ c’était finalement pour eux de se réapproprier la voiture. Quelques uns avaient le mal des transports, avec les conséquences que cela pouvait entraîner. Malgré cela, les résidents souhaitaient sortir quand même, alors je me suis organisée autrement en prévoyant de quoi nettoyer en cas de renvois sans me décourager de poursuivre malgré cela et avec l’appui de l’équipe! Puis j’ai pu organiser des sorties en petits groupes autour d’un thème commun (jardinage, cuisine…). Nous partions dans les parcs, dans certains magasins pour aller chercher des plantes, des aliments, de la décoration et nous avons même pu organiser une sortie en calèche avec les familles. C’était une journée incroyable, les familles ont pu avoir un nouveau regard sur leurs parents qui pour certains se sont surpassés tellement ils étaient fiers et simplement heureux de partager ces moments en famille presque comme avant, en oubliant la maladie et l’institution le temps de l’après midi.
Ces sorties ont révélé tout leur bénéfice au fur et à mesure que le projet avançait progressivement. Les soignants ont pu y participer également et leur regard envers les résidents a évolué aussi. Les résidents peuvent se révéler quand ils sont en dehors du contexte de la structure et se montrer surprenants. Les soignants témoins de ces moments peuvent alors réadapter leur accompagnement, se rendant compte de la personnalité et des véritables capacités de chacun. Ces activités deviennent ainsi un support dans l’accompagnement quotidien. Il y a eu des fois où les sorties se révélaient plus compliquées selon l’état physique et psychique des résidents, avec parfois l’envie de revenir à leur ancienne vie dans le domicile familial, l’angoisse de retrouver leur petite chambre où ils ne se sentaient pas chez eux. Heureusement le travail d’équipe a permis de ne pas mettre les résidents et les professionnels en difficulté car chaque sortie était réfléchie et organisée soigneusement avant, pendant et après. Ces évènements pouvaient alors laisser penser que l’activité était un échec mais ça ne l’était pas sur le long terme. La connaissance de la personne était approfondie et nous réfléchissions alors pour faire évoluer l’activité et nous réadapter si le résident souhaitait de nouveau sortir.

Au final nous faisions notre vrai travail d’accompagnement, nous nous re-questionnions, nous observions plus attentivement, nous nous adaptions aux évènements et il n’y avait pas de routine. Le quotidien dans la structure évoluait du soin vers quelque chose de plus vivant. Avec de la bonne volonté, de la motivation et des professionnels qui veulent faire évoluer les choses ensemble, on peut aspirer à un accompagnement dans le respect des envies et des choix des personnes, vers l’humanitude.

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